Abeilles sauvages de la Guadeloupe Société d'Histoire Naturelle l'Herminier

Les abeilles sauvages de Guadeloupe Un patrimoine à préserver

Dans le cadre de l'inventaire général des insectes de la Guadeloupe, la SHNLH a débuté l'inventaire systématique des abeilles sauvages (Apoidea, Anthophila) de l'île et de ses dépendances. Assez curieusement et alors que de nombreuses études montrent l'importance des abeilles dans la pollinisation des végétaux, aucune étude n'avait jamais été réalisée sur ces insectes et leur rôle dans le fonctionnement des écosystèmes en Guadeloupe.

Jusqu'alors, la bibliographie mentionnait la présence de 6 espèces, en fait des reprises de la littérature plus ancienne. Des prospections ciblées, conduites dans la plupart des habitats de Guadeloupe puis une étude financée par le Parc National de la Guadeloupe en 2014, ont permis de dresser une première liste de 21 espèces d'abeilles sauvages appartenant aux familles des Apidae, Megachilidae et Halictidae (Meurgey 2014).

Cette liste, la première à notre connaissance a permis d'enrichir nos connaissances sur les insectes en Guadeloupe, mais également de nous lancer dans des études plus fines sur la biologie, l'écologie, la biogéographie et la gestion conservatoire de ces insectes.

 Intensité de prospection des abeilles sauvages en Guadeloupe en 2014

Endémiques, introduites...

Parmi ces espèces, certaines ont été introduites fortuitement ou non. L'abeille domestique (Apis mellifera) est arrivée en Guadeloupe dès le 17ème siècle et fait encore aujourd'hui l'objet d'une exploitation dans l'île. D'autres, comme Megahile lanata, Megachile rufipennis ou Megahile concinna sont originaires d'autres parties du Monde. Une petite partie seulement de cette faune apidologique possède une distribution restreinte à quelques îles seulement. On les dit «endémiques». C'est le cas de Mesoplia azurea, Megachile vitraci (décrite de Guadeloupe) ou encore de Melipona variegatipes.

Toutes ces espèces possèdent une écologie et une biologie différente; certaines nichent au sol, d'autres dans des cavités et toutes ne pollinisent pas les mêmes espèces végétales. Nos investigations nous ont permis de définir le mode de reproduction et les besoins écologiques d'une partie des espèces recensées, ce qui est fondamental dans l'optique de leur conservation. Ces informations peuvent être fournies aux gestionnaires d'espaces protégés, aux agriculteurs désireux de renforcer la pollinisation de leurs culture ou aux collectivités qui souhaitent renforcer l’attractivité de leurs espaces verts.

Megachile lanata Megachile vitraci

Megachile lanata et Megachile vitraci (à droite)

Ti' po ban, un patrimoine exceptionnel

Cette dernière espèce, décrite en 1893 de la Guadeloupe, fait partie d'un genre exclusivement Néotropical qui comprend des abeilles dépourvues de dard et qui forment d'importantes colonies. Leur miel est utilisé en médecine traditionnelle en Amérique Centrale depuis les Mayas, sous une forme encore artisanale. Melipona variegatipes, endémique de Guadeloupe est la seule de ce genre présente naturellement dans les Antilles. A ce titre, cette petite espèce possède une valeur patrimoniale très importante.

Nous l'avons retrouvée en Guadeloupe en 2014, après plus de 120 ans sans aucune information. Il est heureux que cette espèce rare ait survécu à des siècles de modifications de son environnement !

Dans l'objectif de sa préservation, mais également dans le but de développer l'intérêt local pour le miel de cette abeilles, nous avons rédigé et proposé un projet d'étude de la biologie, de l'écologie et de la potentialité de cette espèce, qui devrait être conduite à partir de 2016.

Melipona variegatipes

Melipona variegatipes sur un begonia

Études et recherches actuelles sur les abeilles

Après l'établissement de la liste des espèces, nous nous attachons a mieux comprendre l'écologie et le rôle de ces abeilles sauvages dans le fonctionnement des écosystèmes. Ainsi, nous relevons chaque espèce végétale butinée par les abeilles, à quelle fréquence, quand et où de manière à obtenir une image la plus fiable possible des interactions entre plantes et insectes. Ces informations permettront notamment de proposer des mesures de gestion adaptées à ces insectes.

De la même manière, nous nous intéressons aux abeilles dans les milieux cultivés; que butinent-elles, peuvent-elles augmenter la production végétale si elles sont favorisées? Pour répondre à ces questions, deux étudiantes vont effectuer leur stage sur ces aspects dans différents modes de cultures en Guadeloupe en 2016, dont les résultats seront publiés prochainement.

Quelques publications sont déjà disponibles sur cette page, sur les abeilles de Guadeloupe, de Martinique et de Saint-Barthélemy (PDF sur demande) et d'autres en cours de parution (prévue pour 2016). Une conférence sur la diversité des abeilles de Guadeloupe (un extrait disponible ici) et une autre sur la Mélipone de Guadeloupe sont également disponibles. D'une durée de 1 heure chacune, ces conférences peuvent être données aux étudiants, aux agriculteurs ou aux gestionnaires d'espaces protégés, sur demande.

L'inventaire se poursuit!

En parallèle, les missions de prospection se poursuivent et vous pouvez y participer en envoyant des photographies des abeilles et des plantes qu'elles fréquentent. Ces données sont précieuses et plus elles seront nombreuses, meilleures seront nos connaissances et notre capacité à préserver ce patrimoine unique.

Vous pouvez envoyer vos photographies à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. , accompagnée de la date et du lieu où l'espèce a été photographiée. L'identification sera donnée et les informations enregistrées sur notre base de données pour être valorisées, ainsi que leurs auteurs, dans les travaux publiés.

Découverte récente

La liste des espèces s’agrandit! En octobre 2015, Coelioxys abdominalis Guérin, 1844 est découverte à Marie-Galante par Pierre et Claudine Guezennec. Au cours du même mois, cette même espèce est observée pour la première fois à la Martinique par Eddy Dumbardon-Martial. Coelioxys abdominalis était jusqu’à présent uniquement répertoriée de la Dominique, St Vincent et Grenade dans les Petites Antilles.

Coelioxys abdominalis

Coelioxys abdominalis à Marie-Galante